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Avalanche, premier roman de Raphaël

Après deux recueils de nouvelles, Raphaël Haroche, compositeur interprète, raconte ici le parcours de deux frères, seuls et perdus, dans un premier roman mélancolique.

Automne 1989. Après l’accident de voiture qui a coûté la vie à sa mère, un collégien en perte de repères intègre avec son petit frère un pensionnat pour familles riches, perché sur les flancs d’une montagne. Plus rien ne sera comme avant.

Le train démarre enfin.
Quelques mouchoirs s’agitent, un homme suit, les mains dans les poches, le mouvement du train, c’est alors que bonne-maman se met à courir d’un pas lourd, accélérant comme elle peut, rougissant.
Je prie pour qu’elle cesse, mais elle nous sourit, elle accélère, ses petites jambes se précipitent sur le quai, je baisse les yeux, elle dit quelque chose, mais j’ai déjà mis mon casque, la guitare métallique des Red Hot Chili Peppers vibre dans tous les sens et le solo de John Fursciante ne va pas du tout avec la course ridicule de cette vieille dame aux lèvres tremblantes des mots d’amour. Le clip le plus raté de l’histoire de MTV.
Le train sort de la gare, je soupire de soulagement. Les banlieues, les bâtiments entortillés dans du fil électrique, le matin couleur d’un canon de fusil, les toits couverts de fientes de pigeon, tout cela me fait l’effet d’un nouveau départ, porteur d’un indéfinissable charme, celui de l’aventure, de la liberté.

C’est dans une France des années 80/90 qu’évoluent Léonard et Nicolas. Le premier, plus âgé, raconte le drôle de voyage fait par son frère et lui. Ils mènent, à leur manière, l’apprentissage d’une forme d’indépendance. Au coeur d’une école stricte, ils apprennent à affronter l’évolution de leur corps et les variations de leur être. Face au désir, à la mort, à l’amour, à la solitude, ils sont apeurés, maladroits, hautains, perdus… C’est un déchaînement d’intensité qui patine leurs chairs.

Raphaël Haroche, à l’instar de ses chansons, esquisse rapidement une situation, une époque. On voit passer une multitude de détails (chansons, attitudes, objets quotidiens…) et par le point de vue du narrateur, le lecteur est face à cette réalité. Sans nostalgie, l’auteur montre toute la violence de ces apprentissages. Les sentiments et leur portée sont directs et sans fard. Une fois le livre terminé, reste le sentiment amer d’une adolescence traversée seul, sans aide, sans secours.


Raphaël Haroche, Avalanche, Gallimard, 18.50€

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Julien Leclerc

Insatiable curieux avec un blog littéraire Le Tourneur de pages (c'est le premier lien ci-dessous)

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