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L’inventeur, roman captivant sur l’énergie solaire

Dans son nouveau roman, Miguel Bonnefoy dessine le parcours d’un homme singulier, Augustin Mouchot, dans un siècle marquant, celui de la Révolution industrielle. Un roman virevoltant et captivant !

Dans la France du XIXe siècle, le pays qui hésite entre la monarchie et la république et qui finit dans l’Empire, dans un pays qui goûte à la révolution industrielle et au pouvoir du charbon, un homme, fils de serrurier, professeur de mathématiques, découvre l’énergie solaire. Prenant la suite de penseurs antiques, Augustin Mouchot parvient à capturer la puissance du soleil. Son destin est surprenant de bout en bout. Augustin échoue, illumine et captive !

Des bulles tapotaient les parois, montaient fiévreusement et crevaient la surface. Il souleva la cloche de verre. Un énorme nuage de vapeur lui couvrit le visage. En quelques minutes, la chaudière était parvenue à ébullition. Le soleil avait traversé la surface de verre de la ventouse, mais la vapeur était restée bloquée à l’intérieur. Il avait accumulé de la chaleur dans un point, grâce à un instrument de médecine, et l’avait empêchée de se perdre au-dehors. La concentration pratique de l’énergie solaire venait d’être découverte. Mouchot bondit de sa chaise. Il avait sorti du néant un appareil pouvant chauffer sans bois ni charbon, sans huile ni gaz, uniquement mû par la lumière d’une étoile. En le déclinant, en superposant les cloches de verre, il pourrait peut-être y faire bouillir une marmite, y distiller une liqueur, ou y faire de la vapeur sans feu, il pouvait actionner une machine à vapeur : tout le marché de la révolution industrielle s’ouvrait à lui. Une excitation, mêlée de crainte, gonfla son cœur. 

Miguel Bonnefoy met en lumière le destin exceptionnel d’Augustin Mouchot et à travers cette figure, nous fait voyager dans le XIXe siècle, époque animée par un appétit de découvertes et de révolutions. Augustin Mouchot est une figure étonnante. Il va marquer au fer rouge son temps et le monde d’après bien que son nom et sa figure aient été oubliés. Il a inventé l’énergie solaire. Il est parti de nulle part et est arrivé au sommet. Miguel Bonnefoy suit avec enthousiasme la vie en dents de scie de cet homme qui a tout connu : les maladies de son époque qui le destinaient à mourir jeune, un métier de professeur qui le prédisposait à rester dans l’anonymat, des maladresses rhétoriques qui le condamnaient à ne pas être un esprit novateur de son temps. Il est habité par une détermination née d’une intuition, celle de changer la vie quotidienne, bouleverser les habitudes de chacun. 

Sa force intérieure mêlée à l’élan de ce siècle glouton enrichit l’écriture de l’auteur. Miguel Bonnefoy compose un récit fluide, amusant, étonnant et passionnant. Se déploie avec vigueur et beaucoup de péripéties la vie de cet inventeur, de cette société. Ce n’est pas juste un mouvement sans failles et c’est là la force de ce roman. On perçoit les faiblesses d’une époque, la violence d’un mouvement annonçant un capitalisme carnassier. On voit Napoléon III, l’empereur au patronyme glorieux, qui se révèle un homme vieillissant, usé par le pouvoir et le temps. Sous la plume de Miguel Bonnefoy, les êtres, qu’ils soient au premier ou à l’arrière-plan, ont des fragilités saillantes, des signes extérieurs d’usure. En parlant de l’énergie solaire, l’auteur n’oublie pas le fantôme d’Icare, cette figure mythologique qui s’est brûlé les ailes en volant trop près du soleil. Ce roman est un tableau tout en nuances des failles et des forces des êtres pris dans la création.


Miguel Bonnefoy, L’inventeur, Rivages, 19,50€

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Julien Leclerc

Insatiable curieux avec un blog littéraire Le Tourneur de pages (c'est le premier lien ci-dessous)

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