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La Machine s’arrête

Les Hommes ont créé la Machine. Elle se développe et agit mais s’éloigne des plans et des objectifs fixés. Face à cette indépendance technologique, certains doutent, d’autres espèrent. Vers quoi se dirige ce monde ?

E. M. Forster (1871-1970), auteur britannique, a écrit de nombreux classiques littéraires dont certains ont vu leur renommée accroître grâce au cinéma, Howards End, La Route des Indes et Maurice. En 1909, cet auteur compose une nouvelle d’anticipation. Sous sa plume, la Terre est dirigée par une Machine, création des Hommes qui leur échappe peu à peu. C’est cette perte que l’auteur esquisse. Une perte de sens, de vie et d’humanité. Il aborde cela d’un point de vue global mais aussi intime, la relation entre une mère et son fils, deux êtres qui n’ont plus rien en commun. Ils vivent le monde autrement et leur dialogue est avant tout une confrontation de points de vue, de croyances. Le texte interroge et émeut, balayant tous les sujets qui fondent une société occidentale (le politique, la religion, les sciences…).

Ce fut évidemment très facile. La navette s’approcha et, à l’intérieur, elle trouva des fauteuils parfaitement identiques au sien. Quand Vashti lui fit signe, la navette s’arrêta, et elle en descendit pour tituber jusqu’à l’ascenseur. Un autre passager s’y trouvait déjà, le premier de ses semblables qu’elle voyait en personne depuis des mois. Peu de gens voyageaient ces temps-ci, car, grâce aux avancées de la science, la Terre était exactement uniforme. Les communications rapides, dans lesquelles la civilisation précédente avait placé tant d’espoir, avaient fini par causer sa propre perte. À quoi bon se rendre à Pékin alors que ce serait exactement comme à Shrewsbury ? Pourquoi retourner à Shrewsbury alors que ce serait exactement comme à Pékin ? Les hommes déplaçaient rarement leur corps, toute l’agitation étant concentrée dans l’âme.

Quand il écrit cette nouvelle, E. M. Forster s’inscrit dans un mouvement littéraire global qui s’empare du thème du Progrès. À la différence de certains contemporains, il pointe le danger d’un accroissement de la puissance technologique face à l’humanité. Dans son texte, il esquisse, au-delà de la perte de repères, la fin du sens du l’espace et du toucher. Ces mots résonnent particulièrement aujourd’hui et les quelques pages de cette nouvelle montrent, et démontrent, la puissance perpétuelle des auteurs à penser le monde et le retranscrire. La Machine s’arrête est un des livres marquants à découvrir dans notre monde d’après, un livre qui se termine par ces mots : « l’humanité a retenu la leçon ».

Et vous, vous laisserez-vous tenter ?


Publié par les Éditions L’Échappée, 7 euros

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