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COVID19 : Le monde culturel retient son souffle

Depuis l’annonce du confinement le 16 mars dernier, le pays est en pause. Chaque activité est touchée, contrainte au mieux au télétravail, au pire à l’arrêt, générant des incertitudes importantes. Le secteur culturel n’est pas épargné, bien au contraire il peut même se retrouver en situation précaire.

Orléans a vu une à une ses salles fermer, les cinémas s’interrompre, les festivals être reportés ou annulés. Certains protagonistes directs de ce système se retrouvent sans activités, et donc pour certains en péril.
Etat des lieux de la situation.

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La Scène Nationale d’Orléans

Les saisons culturelles de nos salles mises en pause

Chaque salle, petite ou grande, a vu son activité stoppée. Le scénario est toujours le même : l’activité se réorganise en télétravail, entre visioconférences et téléphone. Cette arrêt représente une réelle difficulté pour certaines d’entres elles, comme pour la Ruche en Scène du centre ville « nous travaillons actuellement à sauver LA RUCHE dont la pérennité était déjà incertaine avant le confinement (…) N’ayant pour l’instant pas de subvention de fonctionnement, les spectacles se faisaient à la billetterie ».
Cet espace, géré par l’association « Scènes au Bar », est inédit en centre ville par sa taille humaine et ses propositions artistiques (contes, théâtre, concerts…). Ce lieu de vie culturel intergénérationnel, déjà concerné par des problématiques d’isolation phonique (en recherche de fonds), pourrait être un des 1ers acteurs précieux à s’éteindre . « Nous attendons actuellement des réponses de la part de notre banque, de la Région et de la mairie. De toute manière, nous avions prévu de fermer dés mai, afin de réaliser des travaux d’isolation phonique…ou de fermer définitivement. Nous sommes encore dans les discussions sur le prêt, et nous espérons de bons résultats du financement participatif. Pour l’instant c’est difficile de se projeter« .

D’autres espaces, plus « protégés » car subventionnés, sont également en attente des décisions prises par le gouvernement. Pour le moment les dates s’annulent au jour le jour, afin de laisser une chance aux spectacles d’avoir lieu « Par honnêteté pour les artistes, on ne peut pas décider de tout arrêter » nous dit Francois Xavier Hauville, directeur de la Scène Nationale d’Orléans. Certaines dates sont reportées, mais ce n’est pas simple, compte tenu du calendrier des artistes et de la disponibilité des lieux (partage avec le CADO et le CDN). Le lien avec le public est entretenu sur les réseaux, par des publications autour des artistes qui devaient être accueillis, élégamment, sans tomber dans la surconsommation « le spectacle vivant n’est pas fait pour être sur-diffusé sur les réseaux ou à la télévision. Nous ne voulons pas faire des artistes des objets de consommation dégradés du spectacle vivant ». Respecter ce jeûne de culture, pour mieux y revenir en somme, et prendre conscience de sa valeur et de sa richesse.

Le Bouillon, centre culturel de l’université lui, a annulé l’ensemble des spectacles jusqu’à juin. Seules les résidences de répétition au mois de juin sont maintenues. Régi par l’université d’Orléans, cet espace n’est pas mis en danger, et l’équipe s’affaire actuellement à préparer la saison prochaine sereinement.

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Cocorico Electro / crédit : Julien Ligneau

Les festivals annulés, reportés : danger ?

Nous vous l’avons annoncé il y a quelques jours, le Fusion Estivale est reporté à une date ultérieure. Cette décision représente le meilleur des scénarios, car elle permet quand même à l’événement de se produire et de tenir ses engagements auprès des prestataires, des artistes, et de garantir une rentrée d’argent. « L’impact sera très mauvais c’est certain. Des frais engagés ne pourront être récupérés en particulier en terme de communication. Si nous arrivons à trouver une solution de report avec la ville et les artistes, l’impact restera tout de même moins dramatique que certains festivals contraints d’annuler. » nous dit Simon Gauthier de l’équipe du festival, quelques jours avant l’annonce.

Pas simple pour ces associations de se projeter, de poursuivre la préparation de leurs événements avec l’incertitude pesante de l’annulation. L’Atelier organise le Cocorico Electro qui aura lieu les 10 et 11 juillet prochain, rendez-vous phare estival de la région. « Malgré ces temps incertains, le festival n’est pour le moment pas impacté par les mesures de report de dates du gouvernement relatives au Covid-19. Bien évidemment nous mettrons la santé de tous au premier plan, et nous nous plierons aux décisions gouvernementales le cas échéant« . L’équipe poursuit actuellement son travail, pour assurer la bonne organisation du festival. Cependant, le doute plane, et même s’il n’entrave pas la bonne humeur de l’équipe toutes les options sont envisagées. « il est d’autant plus important que nous tenions bon si la situation sanitaire s’améliore dans les semaines à venir car l’ensemble de hommes et des femmes de la filière de l’événementiel auront besoin de travail et la reprise d’activité devra se faire même avec une vigilance et des mesures de sécurité accrues. Si la situation venait à s’aggraver nous ferions tout notre possible pour reporter le festival ».
L’avenir ? Pauline de l’Atelier est optimiste. « Des moyens sont mis à notre disposition pour nous aider notamment grâce à la région Centre-Val de Loire. Clairement il y aura un avant et un après, cette situation nous montre les limites de notre modèle économique global, et nous incite à travailler en local, en circuits courts, limiter notre empreinte écologique, sensibiliser notre public autant que faire se peut ! Nous ne pensons pas que la pérennité de notre événement soit menacée car après un tel traumatisme, nous allons avoir besoin de sortir, de contacts humains, locaux, de beauté, de nature et d’enchantement… C’est tout ce que nous essayons chaque année d’offrir à nos festivaliers dans le cadre du château de la Ferté Saint Aubin ! »

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Jazz à l’Evêché / crédit photo : Orléans Métropole

Artistes, techniciens : entre attente et course à l’intermittence.

Les acteurs du spectacle sont soumis à un système particulier, qui est propre à leur statut d’intermittent du spectacle. Ils relèvent d’une assurance-chômage spécifique. Pour obtenir des allocations chômage, l’intermittent du spectacle doit justifier avoir travaillé 507 heures : au cours des 319 jours précédant l’inscription pour les artistes ou 304 jours précédant l’inscription pour les techniciens. Selon l’activité, réunir ce nombres d’heures n’est pas aisé et dépend des propositions culturelles !

Pour les artistes, ce temps à la maison peut être un moment de création « Il y a plein d’idées qui émergent et, faute de pouvoir les réaliser, on les garde bien au chaud. Ça brainstorme dur mais ça ne répète pas » Guillaume Schenck, comédien. Certains écrivent, d’autres composent  » je gère cette période au mieux en tentant d’avancer sur la composition du nouvel album. Certains concerts ne pourront être reportés et le contexte nous impose une vie au jour le jour, ou il est de bon se retrouver dans la simplicité du quotidien  » nous dit Max Livio. Il a offert au public un dernier live dans la caravane de Hors les murs à la veille du confinement… un moment précieux, nous y étions et cela parait maintenant hors du temps.
Un bon nombre d’artistes mettent à disposition leurs œuvres, l’Astrolabe en local, s’anime avec le festival national confiné « je reste à la maison », les initiatives se multiplient, pour nourrir le public et satisfaire ce besoin de partage et d’ouverture !
Mais derrière tout cela, l’attente est là. Rares sont les artistes orléanais qui ont assuré leur intermittence pour l’an prochain « Je ne suis pas protégé non, dans la mesure ou la fin de confinement ne garantira pas la ré-ouverture des salles de concert ainsi que les festivals d’été. Mais je ne veux pas être pessimiste pour autant » Max livio. Du coté de Quentin Biardeau, musicien du Tricollectif, la situation est la même : des incertitudes quant à l’avenir estival, un confinement qui se veut créatif mais bien limitant « En trois semaines je constate quand même que malgré tous les outils disponibles pour travailler en ligne, rien ne remplace du face à face, surtout pour de la création. Ça me rassure d’une certaine façon« .
Ces trois artistes s’estiment heureux « Ceux qui sont déjà intermittents ont une allocation journalière qui vient combler ce manque. C’est pour ceux en phase d’acquisition du statut que c’est hard. Eux n’ont rien. » précise Guillaume Schenck.

De l’autre coté de la scène, il y a les techniciens. Pour eux la situation est très compliquée aussi, Jennifer technicienne orléanaise, n’a pu conserver qu’un seul cachet « Ils ont décider de payer et déclarer tous les intermittents« . Tout est l’arrêt, rien ne rentre, « nous avons le droit à une indemnisation pôle emploi mais nous perdons nos heures dues, c’est aussi important que l’argent ».

Solidarité : chacun a son rôle


Certaines salles, certaines structures, épargnées car subventionnées s’engagent à respecter leurs engagements contractuels, poussées aussi par les préconisations du Syndicat des Employeurs du Spectacle Vivant (Syndeac). C’est le cas du Centre Dramatique National d’Orléans « les compagnies dont les spectacles ont dû être annulés faute de possibilité de report verront leurs contrats de cession honorés, les autres bénéficieront d’un report de programmation, au cours du premier semestre de la saison prochaine quand cela est possible« , Julien Leclerc en charge de la communication.
L’appel à solidarité devra venir de l’ensemble des protagonistes. Les spectateurs auront le choix de ne pas demander le remboursement de leurs billets pour soutenir les salles et les artistes. Les structures auront, quand c’est possible, un geste à faire pour les artistes, techniciens, prestataires et les artistes eux même envers les salles « Nous allons travailler au cas par cas, nous ferons tout ce qui sera en notre capacité pour payer au moins une partie des cachets, ce qui est obligatoire, mais ce sera aussi aux artistes d’être solidaires envers nous » F.X Hauville, directeur de la Scène Nationale.

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Parcours et Jardins . photo : P&J


Les associations à but non lucratifs comme ABCD45, se retrouvent elles aussi suspendues à l’annonce d’éventuelles annulations à venir. Les deux grands évènement annuels de cette asso sont « Parcours et Jardins » (annulation annoncée cette semaine) et le « Festival de Travers » en octobre place Saint Aignan. Les caisses d’ABCD se remplissent en partie par la tenue de la buvette et restauration durant « Jazz à l’Evéché » (la buvette sympa à laquelle on se rejoint avec les copains, c’est eux !). Actuellement, aucune annonce d’annulation n’ a été prononcée mais l’incertitude est certaine. ABCD45 pourrait bien se retrouver à l’arrêt complet pour cette fin 2020 faute de recettes. Vincent Deewer, son président, relativise cette situation « nous devons relativiser la déception que peut procurer l’annulation de manifestations culturelles, comme c’est ce qui nous attend. Et nous ne devons que gérer la frustration, comparés à d’autres qui gèrent la peur du lendemain faute d’emploi, la peur du Coronavirus pour les soignants, etc… Donc, on n’est finalement pas à plaindre« .
Des questions se posent, notamment celle des libertés « Quel sera l’impact durable de cette triste expérience sur le public, le lien social dans notre société, la capacité à se réunir « sans trop de contrainte » et la capacité à organiser des manifestations ouvertes ? Nous commencions de plus en plus à rencontrer des difficultés à maintenir nos manifestations « ouvertes », sans barrière ni fouille, sans « entrave » en somme. Au delà de la gratuité, ce que défend ABCD dans son action culturelle sur la place publique, c’est de donner accès à la culture populaire à toutes et tous. Dans une démarche participative ou non, spectateurs ou acteurs, jeunes ou vieux (…) Le climat créé par la crise sanitaire aujourd’hui nous fait nous inquiéter de pouvoir encore organiser demain des manifestations libres et ouvertes à tous. Des pages d’Histoire comme celle-ci créent aussi bien de la solidarité dans l’instant, que de l’anxiété et du rejet le lendemain. Donc, pour un avenir meilleur, espérons que l’élan de générosité créé par cette situation si particulière perdure et aboutisse à une société de solidarité » V.Deewer

La Mairie de son coté, reste pour le moment prudente « Chaque situation étant différente, il n’y a pas de réponse unique. Bien entendu toutes les demandes de soutien argumentées seront étudiées avec attention, en prenant également en compte les dispositifs nationaux et régionaux. Nous ferons tout pour protéger au maximum les intermittents de la scène locale et régionale (…) Face à cette situation inédite qui concerne tous les secteurs d’activité, la Mairie d’Orléans est très vigilante et fera tout pour les accompagner et les aider à reprendre leurs activités » .

Comme on le voit, chaque situation est différente et intimement liée au statut de chaque structure. Quant aux artistes et techniciens intermittents, l’incertitude est grande et dépendra en grande partie des prolongations du confinement et du maintien des évènements estivaux, période faste à l’activité. Le public aura aussi son rôle à jouer, dans un premier temps en réfléchissant à ne pas réclamer un remboursement des billes, puis dans un second temps en reprenant vite le chemin des salles. Renouer avec ce lien social et humain qui nous manque tant en cette période !



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Aurélie

Expatriée Orléanaise engagée dans la promotion du dynamisme culturel , sportif and co de cette chère ville ... Car quelques fois il suffit d'ouvrir un peu ses oreilles et ses yeux pour faire des infidélités agréables à son canapé :) - Accessoirement kiné débordée et débordante , addict -

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