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Cabinet portrait de Jean-Luc Benoziglio

Il a perdu sa femme, son boulot et même un œil suite à une erreur professionnelle. En dépit de ses malheurs, il sait faire preuve d’humour. Amusante, cette idée d’entasser dans les toilettes communes de son immeuble les vingt-cinq tomes de son Encyclopédie favorite. Moins drôle, en revanche, les heures passées à la lire au mépris des voisins… Qui commencent à trouver le temps long.

Ce drôle de roman – car il l’est, drôle – commence par un déménagement. Bien que le protagoniste n’ait pas beaucoup de meubles et de cartons à déplacer, cet épisode devient une aventure. D’abord, parce que cet homme est embourbé dans sa vie et qu’il s’embourbe de plus en plus. Son esprit d’escaliers fait qu’il tient le fil de sa réflexion, seul endroit de réconfort, jusqu’au bout du rouleau. Notons que cet homme ne va pas bien. Il n’en est pas pour autant sinistre ou plombant. Disons qu’il rentre dans la catégorie des personnes compliquées. Vous savez, ces personnes qui en toute occasion ne manqueront pas de vous rappeler l’immensité d’éléments à prendre en compte et de questions à se poser. Et cet homme que nous suivons tout au long de ce roman a une vie compliquée et la seule chose à laquelle il tient encore est son encyclopédie, aussi enrichissante qu’embarrassante. Alors il la trimballe et à l’image de tout le reste, elle lui apporte beaucoup mais l’encombre tout autant.

À un certain moment, Asperge m’a demandé ce que je foutais, dans la vie ? J’ai répondu que, pendant très longtemps, j’avais essayé de comprendre quelque chose au monde qui m’entourait. Je lui ai su gré de s’abstenir de me rétorquer que c’était pas un métier, ça. Il a seulement hoché la tête et dit : « Et maintenant ? » Maintenant, j’étais chômeur.
Je n’ai pas jugé nécessaire de lui parler de mes longues études, de mes diplômes et de mes nombreux petits métiers. Comme si, d’ailleurs, il y avait de « grands » métiers. Ne pas confondre avec les boulots où il est nécessaire d’être grand, qui sont généralement les plus petits, flic par exemple. « Allez, vous dites ça et vous êtres bien content de les trouver quand quelque chose ne va pas. »

Le vocabulaire riche, les portraits ciselés des personnages croisés donnent à ce roman un ton particulier. On pourrait penser à cet esprit de décalage, idéal pour parcourir le labyrinthe mental de cet homme. Malgré ses déboires, il est attachant et sa manière de se fourrer dans des situations impossibles, notamment des petits boulots étonnants, est réjouissante. Le rire se veut rapidement ironique, diffusant une mélancolie touchante.


Paru au Points, 320 pages, 7,40 euros.

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