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À la ligne, feuillets d’usine de Joseph Ponthus, un roman vivant

L’équipe PIAO n’est jamais en manque d’idées pour vous faire plaisir. On a décidé de créer cette nouvelle rubrique pour vous partager nos coups de cœurs littéraires. De nouveaux rendez-vous sont donc à venir, avec une team qui s’agrandit également. Cette rubrique évoluera au fil du temps, changera, se développera. On espère sincèrement qu’elle vous plaira.

Belle lecture !


Ouvrier intérimaire, Joseph embauche jour après jour dans les usines de poissons et les abattoirs bretons. Le bruit, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps s’accumulent inéluctablement comme le travail à la ligne. Ce qui le sauve, ce sont l’amour et les souvenirs de son autre vie, baignée de culture et de littérature.

C’est parce qu’il a travaillé à l’usine que Joseph Ponthus a écrit son premier roman. C’est parce qu’il devait y gagner de l’argent qu’il est retourné produire des crevettes ou nettoyer un abattoir. Écrire, consigner les pensées qui le traversaient sur cette ligne de production lui ont été nécessaires. Le rythme qu’il a connu et supporté explique le choix étonnant de composition du livre. Les phrases, presque vidées de toute ponctuation, se retrouvent à la ligne. Dans une usine, les pensées vont très vite, alors pour écrire, il fallait qu’il aille vite également. À première vue, le texte ressemble à une chanson. Et à la lecture, c’est le journal intime d’un ouvrier. On se retrouve à ses côtés pour découvrir la vie dans une usine, les rencontres avec de fortes personnalités et l’affrontement avec un système de production. On suit un homme venu gagner de l’argent être mis à l’épreuve des tâches répétées. Il y découvre sa capacité d’endurance autant que sa résistance au travail à la chaîne. Pour cela, il puise dans son passé, dans l’amour de sa femme et son fils, et la culture. La musique, la littérature deviennent, pour lui, des refuges, des bulles de survie. 

L’autre jour à la pause j’entends une ouvrière 
dire à un de ses collègues
« Tu te rends compte aujourd’hui c’est tellement
speed que j’ai même pas eu le temps de chanter. »
Je crois que c’est une des phrases les plus belles 
les plus vraies et les plus dures qui aient jamais
été dites sur la condition ouvrière
Ces moments où c’est tellement indicible que
l’on n’a même pas le temps de chanter
Juste voir la chaîne qui avance sans fin l’angoisse
qui monte l’inéluctable de la machine et devoir
continuer coûte que coûte la production alors que 
Même pas le temps de chanter
Et diable qu’il y a des jours sans

Cette cadence d’écriture, de découpage m’a complètement emporté dans la lecture. Je n’ai pas lâché ce roman, d’autant plus que le ton de l’auteur est d’une sincérité bouleversante. Joseph Ponthus parvient à déceler la moindre parcelle d’humanité et égratigne avec un humour féroce, la bêtise et l’aveuglement. Le sens de la répartie de l’auteur est étincelant. Il observe avec attention et ses descriptions sont absolument captivantes. Le chemin qu’il écrit, entre la colère et l’espoir, interpelle autant qu’il émeut. 

Et vous, avez-vous lu ce roman ? 


Paru chez Folio, 288 pages, 7,50 euros

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