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Peninsula, de Sang-ho Yeon : un zombie, en Corée?

Un temps déprogrammés, les zombies coréens dévoilant la suite du dernier train pour Busan (même réalisateur, 2016) sont finalement restés fidèles à leurs engagements. Ils sont bien sales, ils courent partout dès qu’ils entendent une alarme de voiture et les gens pleurent souvent après leur passage : oui, ils ont bien vu les dernières saisons de The walking dead.

Synopsis : Quatre ans après Dernier train pour Busan, il ne reste que des zombies dans la péninsule. Un groupe de soldats forcés d’y retourner découvrent que des survivants non contaminés se sont regroupés dans une bande bien plus dangereuse que les zombies..

Zombie, z’en est par-dezus la tête

S’il était il y a quelques années encore une semi-rareté, depuis le lancement des plateformes de streaming, chaque service de Vod, chaque studio, chaque pays veut désormais son film de zombies. Devenu un genre à part entière, il en sort quasiment un par semaine. On les a vus partout, dans tous les genres et les registres, de la comédie romantique à la parodie sans quitter le registre original de la fin du Monde. Et à chaque film, parfois la même question : mais pourquoi encore un?

La Corée du Sud, un terrain de jeu idéal

Tout le Monde connaît le succès phénoménal et mérité de Parasite, de Bong Joon-ho, l’année passée, qui a apporté un éclairage encore plus appuyé sur un des cinémas les plus foisonnants de toute l’Asie en ce moment. Mieux distribués, les films sud coréens s’exportent plus facilement, et Peninsula profite pleinement de ce contexte, touchant l’honneur d’une sortie en salles. Le dernier train pour Busan avait ainsi obtenu un certain succès d’estime, avec 275 000 entrées en France, prouvant une capacité certaine à récupérer le motif du zombie pour le réinventer par petites touches. Et il en a bien besoin.

Zombie, y es tu ?

Le cahier des charges d’un bon film de zombies est assez ténu : depuis que la figure pop est modelée au cinéma par George Romero dans La nuit des morts-vivants (1968), les puristes défendent l’idée qu’un zombie fonctionne en horde, ne parle pas, ne court pas et mange de la chair humaine. Soit des activités clairement incompatibles avec toute forme de vie sociale prononcée, celle-là même n’aidant pas des héros en général relativement stupides à acquérir des infos essentielles pour la survie : comment tuer un zombie, par exemple, comment l’éviter, en général en courant, ce qui est relativement technique. Eux, par contre, n’ont pas vu The walking dead (et vues les dernières saisons, certains les comprendraient)

Une péninsule contre le néant

Les premiers retours de la presse accablent Peninsula : la faiblesse du scénario, les effets risibles, le jeu d’acteurs, tout y passe. Mais il est à noter que le critiquer sur ces aspects ne permet pas d’y puiser là où il arrive à troubler les repères d’un spectateur usé par la massive présence des morts-vivants sur nos écrans. Fauchées, les poursuites en numérique de Peninsula sont ainsi plus proches de celles de l’animé de Nicky Larson que de Bullitt (P Yates, 1969) et apportent ainsi une folie irrationnelle très divertissante. Le scénario, faible en apparence, évoque autant le souvenir d’un glorieux New York 1997 (J Carpenter, 1981) où déjà un soudard devait retourner dans une ville morte à son corps défendant. Plus profond qu’il n’en paraît, le script promet aussi d’évoquer le statut de réfugiés dans un contexte covidien si parlant, où des expatriés d’une Corée du Sud morte zombifiée sont refusés au Japon, laissé pour compte dans des bidonvilles. Historiquement, enfin, le film aide à comprendre comment la Corée du Sud n’a ainsi pas tout à fait encore digéré l’occupation par les Etats-Unis de 1946 jusqu’à la guerre de Corée en 1950. C’était déjà le cas dans l’exceptionnel The host (Bong Joon-ho, 2006) qui rappelait la frustration d’un pays infantilisé, qui se rebelle ici avec Peninsula en contaminant le motif occidental du zombie par une production locale. Le résultat peut paraître imparfait, des scènes tirant aux larmes sur la fin, la longueur globale du film (1h55) en lasser quelques-uns également, mais Peninsula réussit à évoquer la géopolitique de la pop culture, soit à dépasser son propre rôle de divertissement pur et dur et en soit, cela est sa plus grande victoire.

Note: 6 George Romero sur 10, soit environ 2 fois la valeur d’un the walking dead.

La bande annonce:

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