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L’enfermement au cinéma: Phone Game, de Joel Schumacher, le smartphone devenu cabine

2002. Les téléphones portables sont lourds comme des télécommandes, il reste 10 ans à vivre au minitel et Joel Schumacher réalise un scénario les plus invraisemblables du cinéma hollywoodien. Phone Game, avec le jeune Colin Farell, c’est une cabine téléphonique, une espèce aujourd’hui disparue, devenue prison le temps d’un film. Et on a au passage une pensée pour le producteur qui a validé ce projet, en fin de journée.

Synopsis: un attaché de presse arrogant passe tous les jours un appel à une actrice de la même cabine pour tenter de la séduire. Le combiné raccroché, un autre appel retentit: de l’autre côté du fil, un sniper, menaçant de l’exécuter s’il ne se repentit pas de tous ses mensonges.

Ma cabine au Canada

Tous les plus de 35 ans qui ont vu un jour Dikkenek (Oliver von Hoofstadt, 2006) se rappellent que l’appel en cabine pouvait être parfois un sport de combat. Des gens qui regardent, nous qui regardons les autres passer, leur jeter un coup d’œil furtif, quand l’intime de l’appel se mêlait à l’espace urbain ouvert. Se remémorer ces longs coups de fil, plantés dans la rue ne se fait qu’avec une émotion certaine aujourd’hui. Aller téléphoner en cabine, c’était une démarche, un parcours, un cri qui vient de l’intérieur. Alors certes, la démonstration peut vous apparaître ici à la lecture un poil exagérée. Mais quand même. Imaginer un jour qu’un film s’emparerait du sujet pour constituer à lui tout seul la filmographie de la cabine téléphonique à l’écran, ce n’était pas gagné. Sinon, Phone Game, on l’a appelé La cabine, au Canada. Et je ne savais pas trop quoi faire de cette information. Le mode d’emploi de cette vanne est ici.

Le cinéma n’est qu’un défi

Phone Game est pourtant un film emblématique des années 2000. La cabine téléphonique et sa rue spatialement et cinématographiquement, c’est le 7ème art revenu sous cet aspect à ce qu’il a de plus pur. Un défi, un regard, une mise en scène. Le script également, même s’il est chargé d’un dernier golden boy-très méchant-arrogant touchant par son calvaire à la rédemption, gagne suffisamment d’inventivité, de style, un poil ampoulé pour remplir le cahier des charges. L’anti-héros ne doit pas sortir de sa cabine, répondre aux coups de fil d’un donneur de leçons aussi agressif que déterminé, en tentant d’embarquer avec lui les passants, la police. Globalement, tout ce qu’il méprisait auparavant, tout ce qui territorialement était exclut de son coup de fil original. Un acte égoïste, intime, lancé d’une cabine pour mieux échapper à ses responsabilités. »

« Un téléphone qui sonne exige qu’on y réponde »

Revoir Phone Game aujourd’hui, en tout cas au moins y songer, c’est mettre en perspective le confinement, attachés aux smartphones. Ils sont devenus des cerveaux assistants, des disques durs, on préfère même aujourd’hui perdre son portefeuille que de l’oublier sur un coin de table. En 2002, en porter un revenait à pencher sur un côté, ce qui rendait sa disparition plus marquante, mais le fait qu’ils soient rentrés dans nos poches, malgré une technologie encore perfectible sur la miniaturisation, matérialise le besoin devenu vital de pouvoir être contactés, tout le temps. Il a fallu passer par le prisme d’une cabine et d’un thriller extravagant, pour le prouver, il y a quasiment 20 ans seulement. C’est cocasse, peut-être ringard, évidemment daté : mais c’est bien le principal apport de la cabine téléphonique au cinéma.

And i think it’s beautiful.

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