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Coco perdu ou l’errance d’un homme qui attend

Louis Guilloux dont le nom a été donné à une école primaire d’Orléans est un des grands auteurs à redécouvrir. Et c’est Annie Ernaux qui le dit dans la préface du dernier livre de Louis Guilloux, Coco perdu.

Dans une petite ville de province, dans les années 50, un vieil homme a accompagné sa femme, Fafa, à la gare. Elle va à Paris. Dans l’attente de son retour, l’homme déambule, réfléchit et s’ennuie. Mais lundi matin, sa femme sera-t-elle revenue ?

C’est quand même épatant comme on se trouve pas tout de suite quand on se réveille, y a toujours un moment où on sait pas bien où on est… Oh ! Je dis pas ! C’est pas comme quand on était gosse, qu’il se passait quelquefois un bon bout de temps qu’on savait plus rien du tout ni même qui on était et puis tout vous revenait d’un coup, et pour ça, c’est encore pareil aujourd’hui. À quoi on pense, en attendant ? Je sais pas, quand je suis rentré hier soir je me suis couché tout de suite, j’ai voulu prendre un bouquin à lire un moment avant de m’endormir mais j’ai rien trouvé qui me plaise et, ma foi, je me suis endormi. J’ai dormi toute ma nuit, d’une traite. Je sais même pas quelle heure qu’il était.

Dans ce court roman publié en 1978, Louis Guilloux (1899-1980) nous fait entendre la voix d’un homme, retraité et seul. Il est seul pendant deux jours. Deux jours seulement. Deux jours au cours desquels il se demande à quoi ressemblera ses prochains jours si Fafa ne revient pas. L’homme, Coco, tente de s’occuper. Il se balade, il va au restaurant, au café. Il tente de ne pas sombrer.

Les cent pages de ce livre sont remplies d’images, celles créées par l’argot de Coco. C’est léger et gentiment désuet. Derrière ce langage, ce flot de paroles qui envahit Coco, on perçoit les grandes peurs du personnage. Que sera sa vie sans Fafa ? Comment sera vu, par les autres, cet homme seul et sans femme ? Peu à peu, on comprend qu’il ne connaît pas vraiment la femme avec qui il a partagé tant d’années. Il ne se connaît pas non plus lui-même. Il se raccroche à quelques vagues distractions. Autour de lui, de nombreux personnages passent. Des petites anecdotes sans grande importance qui montrent, par bribes, la banalité du présent.


Louis Guilloux, Coco perdu : essai de voix, Folio, 8€

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Julien Leclerc

Insatiable curieux avec un blog littéraire Le Tourneur de pages (c'est le premier lien ci-dessous)

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