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Qui-vive ou l’aventurière d’une lumière perdue

Valérie Zenatti raconte l’histoire d’une femme en perte de sommeil, de repos et de sérénité. Alors elle tente de se raccorder au monde qui l’entoure.

Mathilde est devenue insomniaque. Puis elle a perdu le sens du toucher. Et une vidéo de Leonard Cohen à Jérusalem réveille en elle quelque chose. Mais quoi ? Mathilde est un peu perdu. Alors guidée par les airs de Leonard Cohen, elle revient en Israël. Elle y croise des inconnus et des fantômes de son passé.

Ofek glisse son passeport dans une machine à l’usage des citoyens israéliens et disparaît de ma vue alors que je fais la queue devant une guérite réservée aux voyageurs étrangers. Une douanière joufflue me réclame la raison de ma visite en même temps que mon passeport. Je suis ennuyée de ne pouvoir dire simplement, Je suis là grâce à une vidéo que je regarde depuis deux ans, sur laquelle Leonard Cohen donne la plus grande leçon de vie qui soit. Il y parle de l’accord entre les êtres et le temps. De la nécessité absolue que cet accord soit juste. Il y parle aussi de l’amour, devant lequel même Dieu s’incline et qui ne se laisse pas en paix tant qu’il n’advient pas. Je veux être là où de telles paroles ont été prononcées, j’aimerais moi aussi trouver le bon accord.

Le roman s’ouvre sur un bouleversement. Mathilde ne dort plus et a du mal à se retrouver dans sa vie, dans son monde et dans son époque. La mort de Leonard Cohen la chamboule et elle se plonge dans ses vidéos de concert, donnant une des plus belles pages du livre. Par ses mots, Valérie Zenatti apporte le réel. J’ai même eu l’impression de voir la vidéo juste en la lisant.
Mathilde part, fuit, se cherche. Elle quitte la France pour aller en Israël. Le livre n’est pas un roman d’initiation mais une quête de sens, d’air et d’apaisement. Les rencontres faites sont étonnantes, mêlant tragédie intérieure et une certaine légèreté. La guerre, la chute du monde sont toujours en filigrane, posant le texte dans notre réalité complexe.
L’aventure déambulée de cette femme est avant tout motivée par la beauté. Mathilde tente d’en retrouver les traces, comme si le fil laissé par Leonard Cohen avait disparu. Le livre est composée de nombreuses rencontres, autant de points de vue habités par le désespoir et la fatigue des temps présents. Pourtant, à la fin du roman, aucune amertume, aucune leçon de géopolitique mais la description des sources d’un espoir. Celui que tout n’est peut-être pas perdu.


RENCONTRE
Valérie Zenatti sera au CERCIL mardi 12 mars à 18h. Entrée libre, réservation conseillée


Valérie Zenatti, Qui-vive, Éditions de l’Olivier, 19,50€

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Julien Leclerc

Insatiable curieux avec un blog littéraire Le Tourneur de pages (c'est le premier lien ci-dessous)

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