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Le mode avion de Laurent Nunez, une drôle de vie

Qui n’a jamais regardé une plaque de rue ou une statue en se demandant les actions qui justifiaient cette visibilité publique ? C’est le point de départ de ce roman de Laurent Nunez. Deux linguistes, Étienne Choulier et de Stefán Meinhof, sont mis en avant pour leur service rendu à la langue française.

Pour cette rentrée littéraire, voici un roman qui s’amuse de tout. Des préconisations contre la covid-19, des intellectuels, de la mode, de l’appel incessant à la nouveauté, de l’inconscience de ne pas voir le danger des guerres, des gens tête en l’air… En quelques pages, Laurent Nunez, à partir d’une envie de déboulonner une statue, raconte l’histoire de deux hommes obsédés par l’idée de marquer leur époque et que leur nom soit inscrit dans le marbre. Ils veulent absolument révéler un secret de la langue française, trouver la règle que tout le monde ignorait jusqu’à maintenant. Nous sommes au début du XXe siècle, les deux hommes se réfugient loin de l’agitation du monde et leur obsession leur fait même oublier le conflit mondial. Le retour au calme, à l’apaisement et à une certaine introspection, ne leur apporte pas forcément que du bénéfice. En époussetant méticuleusement le contexte, l’auteur se concentre sur les postures des personnages.

Ils attendaient amoureusement sa venue, mais seul l’automne arrivait, et ils décidèrent d’investir encore, dans un poêle pour l’Annexe, et dans deux tabourets en chêne, pour réfléchir calmement sur la terrasse… Tout leur plaisir ici, peut-être parce que le dépouillement des lieux, la frugalité des repas (aucun de deux ne savait cuisiner) leur donnaient l’impression d’être des Pères du désert. C’étaient en tout cas de grands hommes, et nul encore ne le savait : voilà ce qu’ils devaient se dire. Les deux savants passèrent ainsi des semaines et des mois superbes selon eux, dans l’odeur du thé et de l’herbe qu’on coupe, dans le plein air et la pleine pensée. Comme cela passe vite quand on prend son temps !
Mais Choulier et Meinhof avaient beau réfléchir loin du tumulte du monde, et la tête dans les livres : ils ne trouvaient pas vraiment d’idée nouvelle.

Le roman de Laurent Nunez est drôle et espiègle, ménageant toutes les facettes du caractère de ces deux hommes. Étienne Choulier et de Stefán Meinhof sont surprenants. Ils sont amis, formant par moment un duo aussi charmant que fatigant. Ils tentent de conserver leur droiture intellectuelle mais rapidement la vie trouve de la place. Les sentiments, le désir les rattrapent sans oublier la guerre. En filigrane, Laurent Nunez croque les attitudes du confinement, les postures révolutionnaires avec intelligence et finesse. Comme dans toutes les bonnes caricatures, on se retrouve dans les personnages, on est porté par un mouvement enthousiasmant dans ce roman drôlement cérébral.


Paru chez Actes Sud, 21 euros

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