Sports

Rencontre avec Cécilia Berder

 

Sa passion, c’est l’escrime. Et quand on la lance sur le sujet, elle est intarissable. Franche et ouverte, CECILIA BERDER, parle de son sport avec amour et envie. Envie de partages, d’espoirs et de succès.

 

Rendez-vous est pris à la salle Christian d’Oriola, véritable temple de l’escrime qui accueille le Pôle France. Cécilia Berder arrive souriante, déjà aux petits soins pour ses invités. Elle prend le temps de saluer tout le monde. Un rapide coucou au Maître d’armes qui s’occuppe des jeunes du club et elle nous reçoit pour un entretien riche et passionnant.

 

On est à l’aube de la saison (NDLR : la date prévue à Londres a été annulée), comment te-sens- tu ?

Je me sens bien, même s’il y a pas mal d’interrogations parce que c’est la première compétition de l’année.  S’il y a une certitude c’est que j’ai travaillé, j’ai bien travaillé, j’ai beaucoup travaillé même, car on a un nouvel entraîneur depuis octobre. Au moins Je suis sûr que ça c’est fait mais après je ne connais pas le niveau de mes adversaires, je ne sais pas dans quel état de forme elles sont mais c’est un inconnu qui est très stimulant. Je suis curieuse. Curieuse de voir tout cela.

 

Quand tu vois la première étape de la Coupe du Monde à Orléans et qu’on sait que tu as gagné l’an dernier le championnat de France ici même, l’emporter samedi ça doit être un doux rêve.

C’est clair que le Grand Prix d’Orléans fait partie de mes objectifs. Du top 3 des compétitions que je veux gagner avec le championnat du Monde et les Jeux Olympiques.

 

Si tu n’en prends qu’un des trois, tu prends Orléans ?

Non, les Jeux quand même. Les Jeux parce que c’est un rêve d’enfant. Mais clairement le Grand Prix d’Orléans fait partie de mes rêves définitivement.

 

Kharlan ou Zagounis sont battables cette année ?

Je ne sais pas comment elles sont. J’ai déjà battu Kharlan. Elle m’a aussi souvent battu (rires) et Zagounis je l’ai un peu moins rencontré à part par équipes. Elles ont plus de confiance car elles ont eu plus de résultats, plus d’expérience aussi.  Après c’est un sport en 15 touches, un sport de combat et il suffit de détails. Sur l’intention, l’intensité que tu mets, le mental et les bonnes idées qu’on va avoir. C’est ça qui fait la différence parce qu’honnêtement il y a une petite différence mais tout le monde se vaut à peu près.

 

Et puis c’est un galop d’essai non ? Si tu ne gagnes pas celui-là, tu gagneras celui de novembre (NDLR : Orléans organisera une seconde Coupe du Monde en novembre prochain)…

Ah oui ! Il faudra que je le gagne un jour, ça c’est clair !

 

Est-ce que derrière la compétition et le fait d’aller chercher la victoire, tu te dis aussi que c’est un Grand Prix, que les points sont doublés. On rentre dans une gestion ou pas du tout ?

C’est une bonne question. L’objectif, vu que je suis 19ème mondiale, ça serait de rentrer dans le top ten pour pouvoir avoir des tableaux plus faciles. En tout cas plus ouverts, qui facilitent les premiers jours de compétition. Mais honnêtement, je ne suis pas du tout portée sur les calculs, je ne gère pas mon agenda comme ça. J’ai une compétition je veux la gagner ! Que ce soit un circuit départemental ou un Championnat du Monde, c’est exactement la même intensité. J’adore ça donc la première chose c’est gagner. Peu importe le reste.

 

Et tu vas faire tout le circuit ? Orléans, puis Dakar la semaine prochaine et le reste ?

Exactement ! On finit la compétition dimanche et je repars dès le mercredi à Dakar. Donc c’est cool. Moi j’adore ça, c’est plein de voyages, de l’énergie aussi et donc un peu de fatigue mais honnêtement c’est très enrichissant. Et moi je suis contente, c’est reparti. On retrouve nos habitudes, aller à l’hôtel et ce dès demain (NDLR : l’entretien a été réalisée mercredi 29 janvier). Manger ensemble. Enfin c’est une vie en collectivité que j’adore

 

On te sent impatiente !

Ouais, carrément. Un peu excitée. Là, les jeunes sont là. Les petits au club, les journalistes. Y a une certaine attente et moi j’adore ça. Normal, non ? Je serais la reine des imbéciles de ne pas l’être. Je fais un sport confidentiel et pour une fois qu’il y a un peu d’attente autour de ça, je suis ravie. Si les gens sont contents, je suis contente aussi.

 

C’est un sport confidentiel, on a deux grosses épreuves à Orléans. Ca fait six ans maintenant que c’est au Zénith, depuis 1999 à Orléans. Qu’est-ce qui fait, alors que comme tu l’as dit c’est un sport en 15 touches, donc rapide, qu’est-ce qui manque alors pour la reconnaissance médiatique ?

Il y a plusieurs problèmes. Bon déjà je suis en école de journalisme donc je peux évoquer le réel problème de curiosité de certains journalistes et je ne pense pas que les gens…Comment dire. Ok ils sont passionnés par le foot mais là vous me donnez dix personnes au hasard, que vous trouvez dans la rue, je suis persuadée que j’arrive à les passionner. Il suffit de leur parler simplement, de leur donner des images, de les faire essayer même. Les gens ils sont curieux. Ils ont envie d’essayer de nouvelles choses. Et si ça ne les intéresse pas ils sont assez intelligents pour se dire : « ok, c’est bien mais moi je préfère autre chose ». Mais j’aimerai qu’il y ait un traitement égal de tous les sports, que ce soit un petit peu plus équitable.  Mais moi je sais que je peux persuader tout le monde que l’escrime c’est un sport qui mérite un peu plus d’intérêt.

 

Et toi comment tu en as été persuadé ?

Parce que je suis passionnée de sport. Je préfère encore plus le pratiquer même si j’aime le  regarder. Parce que tout de suite, j’ai été avec une bande de garçons au club, qui ont voulu me challenger, qui voulaient me battre et qui se sont rendus compte que j’étais la seule fille qu’ils aimaient bien affronter parce qu’on ne peut pas perdre contre une fille. Et puis voilà c’était parti. Honnêtement j’adore vraiment le sport. Si ça n’avait pas été l’escrime j’aurai trouvé un autre sport. J’ai trouvé l’escrime, ça a bien marché, j’ai continué.

 

Et tu es venue comment à l’escrime ? C’est une tradition familiale ? C’est l’école ? Le hasard ?

Non en fait j’étais passionnée par l’escalade. Je voulais faire du foot, je voulais faire plein de trucs, j’étais un peu hyperactive. Je voulais faire de l’escalade donc mais tout simplement le club où je suis allée n’avait plus de place. Ça se joue donc à des détails une belle aventure. Ma mère me dit, et je ne sais pas d’où cela lui ai venu, une intuition féminine ou je ne sais quoi mais elle me dit « je trouve que tu as le look pour faire de  l’escrime ma fille ». Moi je suis petite, le look pour l’escrime je ne sais pas ce que c’est mais j’essaye. De toute façon ma mère me dit que si ça ne me plait pas, du jour au lendemain, je peux arrêter qu’elle ne me force à rien. Essaye me dit-elle. J’ai essayé et c’était parti. Mon premier maître d’armes c’était en Bretagne car je suis originaire de Bretagne. Et voilà, j’étais lancé. Coup de bol de ma mère qui m’a dit je trouve que ça t’irait bien et c’est ma chance, je l’ai saisie, j’ai bien bossé me suis éclatée et je suis là à Orléans. Parce qu’il y avait le Pôle Espoir. J’étais bien en Bretagne, j’avais 14-15 ans, tous mes copains. Mais je voulais faire du haut niveau, je sentais que je progressais et en fait le Pôle m’a proposé de venir quand j’étais en 2nde, j’ai dit non. En 1ère, encore non. Mais si on veut progresser c’est mieux d’avoir les meilleures contre soi. Et je suis venue ici, dans ce club. La première fois je suis venue visiter et faut dire une chose, la taille des vestiaires, ici, c’est la taille de ma salle d’arme à Quimper. Donc pour moi tout a pris des proportions…Déjà  que je m’émerveillais d’un rien, là, j’étais aux anges. Ici, c’est une des plus belles salles de France. Mais surtout ce qui a compté le plus c’est que le Club d’Escrime d’Orléans, c’est un club avec plein d’ambition et qui voulait absolument gagner le titre par équipe et des titres individuels. Mais c’est aussi un club familial avec une superbe ambiance, des petits qui ont beaucoup de respect et ces valeurs de respect, de travail, c’est la base de tout. Alors j’ai signé car j’ai trouvé ce que je cherchais.  Ils savent que je viens de Bretagne mais ils m’ont adopté. Maintenant j’ai la double nationalité (rires)

 

C’est étrange ce que tu dis parce que là tu présentes Orléans comme une ville qui ouvre les bras aux autres alors que d’habitude on nous dit qu’on est les chiens d’Orléans, des gens fermés et qui n’aiment pas trop les autres. Alors c’est les valeurs de l’escrime qui ont donné cet accueil ?

Je pense oui mais après on est un peu une micro société dans le club d’Orléans même si on s’ouvre à tout le monde. Je pense surtout que l’on est des vrais passionnés. On a cette chose en commun et tous les weekends que ce soit les petits qui ont 4-5 ans, que ce soit des vétérans ou des gens de 20 ans, on vit quelque chose qui nous prend aux tripes. Ce sport, c’est des émotions, c’est des joies, c’est des peines. Y a de tout. J’adore ce que je fais et si derrière je le rends bah c’est juste génial ! Je serais idiote de faire la fille qui boude, qui se referme sur elle-même, triste.

 

Derrière nous, il y a des petits qui s’entraînent. C’est important pour toi, pour ton sport ?

Oui j’adore ça. Parce que j’ai commencé comme eux. Moi aussi il y avait des séniors qui venaient dans mon club. Et puis on a envie d’échanger avec eux. Et il y a de tout. Il y en a qui viennent vous faire la bise. D’autres qui sont timides. Moi j’adore. Les petits c’est le futur du club. Plus ils seront bichonnés, plus ils seront amoureux de ce sport. Et voilà, qu’ils s’éclatent quoi ! Et en plus ils ont un bon maître d’armes. Et c’est un breton aussi. Alors….

 

Et si tu racontes ta plus grande joie en escrime aux jeunes. Tu leur narres quoi ? Un titre en minimes, ton championnat de France ?

Le titre de champion de France, c’est évidemment spécial. Y avait beaucoup d’émotions. C’était un devoir de le gagner. J’étais ultra concentrée. Je crois que c’était une des compétitions où j’ai été le plus concentrée. J’ai pris du plaisir. C’était une compétition magnifique. C’était un devoir, j’y pensais depuis des mois. Vous êtes les premiers à qui je le dis mais c’était un devoir de gagner ! Je sentais que j’en avais les capacités. Il ne fallait pas me louper et j’ai été contente de ma compétition de A à Z.

Les Grand Prix à Orléans aussi ce sont de grands souvenirs. Jamais je n’ai eu 5000 personnes qui scandaient mon nom. C’est juste énorme ! C’est unique. Ça reste un super souvenir. Et puis les titres par équipe. Quand tu dois mettre les dernières touches et que les filles comptent sur toi. C’est magnifique, une œuvre collective et dans un sport individuel, c’est magique.

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Et à contrario, ton plus grand regret en tant qu’escrimeuse ?

C’est dur. Y en a plein. Mais si on reste sur Orléans, l’an dernier je me fais éliminer à un tour du Zénith. Je fais un bon début de tournoi, je bats la numéro 5 mondiale et là où il ne me reste qu’un match…Je me prends une rouste. Je me voyais déjà au Zénith. Je suis allée trop vite et je me suis fait rattraper. Ça m’a servi de leçon. Après y en a malheureusement eu d’autres.

 

Ton sport, comme tu l’as dit reste confidentiel. Mais est-ce qu’il n’y a pas des choses à faire sur les règles. Pour que ce soit plus compréhensible ?

Je comprends que les gens pensent qu’il y a du flou. Mais je vous assure que si je vous explique dans cinq minutes tout le monde a compris. L’épée par exemple c’est beaucoup plus simple que le foot. Y a deux personnes qui doivent se toucher. Une lumière s’allume c’est un point. Deux lumières s’allument c’est un point chacun. Et on touche où on veut. Facile non ? Le problème c’est qu’il y a le fleuret et le sabre et les gens se disent, on comprend rien. Mais je suis sûr que si je prends le temps, tout le monde comprend.

 

Sinon, tu es sur twitter, c’est quelque chose qui te sers ? C’est une obligation ?

Ce n’est pas du tout une obligation. C’est une réelle volonté. Toujours sur le même principe en fait. On reste un sport confidentiel et c’est à nous de le faire connaître.  De raconter ce que l’on fait, de répondre aux questions. On répond aux commentaires, on partage, on échange. On se rend accessible et je trouve ça cool. C’est un bon moyen de véhiculer notre image. Je considère que j’ai deux images. Un compte privé pour les amis et un compte public, plus actif. C’est important. Après évidemment, en compétition, je ne vais pas aller lancer un twitte. Il faut utiliser twitter à bon escient. Mais c’est bien, c’est frais.

 

Merci, Cécilia et bonne chance pour samedi.

 

Interview réalisée par Grégory Reis (twitter:@ReisGreg)
Photos Olvier Parcollet (twitter:@DS_45)
Habillage et mise en page Julien@pourinfo

 

Télécharger la version PDF élaborée par Grégory Reis.

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